Lettres de Maurice Pascal à Edouard Dumont
Lettre du 23 décembre 1895 :

Paris, Rue de la Victoire N°76 Paris
23 décembre 1895

Cher Monsieur,

Je viens de recevoir, ce soir, une lettre de Mademoiselle de Castelbajac qui, sachant votre prochain départ pour le midi, me prie de vous dire combien elle serait heureuse de recevoir votre aimable visite, si votre voyage vous menait du côté de Pau : ce serait pour elle, cher Monsieur, une grande satisfaction de vous connaître ; et vu ses 90 ans, quoique très bien portante et très alerte, elle en est réduite à attendre qu’un heureux hasard amène, en son hôtel de la Rue du Lycée n°7, ceux qu’elle affectionne et désire connaître : j’espère donc, cher Monsieur, que vos pérégrinations hivernales vous conduiront à Pau, et que vous aurez le plaisir d’y voir Mademoiselle de Castelbajac, si bonne et si charmante, femme d’un grand cœur et d’une haute intelligence.
J’ai omis de vous dire, cher Monsieur, dans ma dernière lettre qu’à la fin de notre entrevue avec Pierre  Decourcelle, celui-ci nous raconta, à Mr le Comte de Maillé et à moi, que l’héritier Naundorffn dont sont si enthousiastes les naïfs et les ignorants, est un ivrogne des plus incorrigibles, noyant sa pseudo-grandeur dans le vin et les liqueurs. J’ai pensé que ce détail, consigné par écrit, vous intéresserait.
Veuillez agréer, cher Monsieur, avec mes meilleurs vœux de bon voyage, l’assurance de mon respectueux dévouement et ma profonde reconnaissance.
Votre très zélé serviteur et très affectionné ami
Maurice Pascal
Licencié en droit
Rue de la Victoire 76, Paris
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Seconde carte
Paris, Rue de la Victoire 76
18 juin 1899
Cher Monsieur,
Je vous suis bien reconnaissant de l’envoi de votre carte ; je voulais toujours aller vous annoncer moi-même mon mariage, mais les douces occupations de fiancé m’ont absorbé.
Ma fiancée est la fille de Mr Lucas, ancien Directeur Général des Phares de France, qui fut ami intime de Gambetta. Sa mère, Mme Lucas, est la fille du Comte de la Fare qui fut page de Charles X, et petite nièce du Cardinal de la Fare, Ministre d’Etat de Louis XVIII, Grand Aumônier de la duchesse d’angoulême qu’il maria à Mittau en 1799. Ce fut lui qui prononça le discours d’ouverture des Etats Généraux et le discours du Sacre de Charles X qui reçut l’onction royale de ses mains. Il mourut en 1829 au Palais des Tuileries et ce fut le dernier grand enterrement de la Restauration. Dans d’énormes caisses chez mes futurs beaux-parents se trouvent toute la correspondance du Cardinal et toute l’Histoire de l’Emigration.
Nos deux familles se connaissent depuis longtemps et j’ai connu ma charmante fiancée toute jeune ; elle a près de 20 ans, et moi 37.
Je compte toujours m’occuper de mes travaux historiques et notamment de Louis XVII. J’aurai une charmante collaboratrice en plus. Mes témoins sont le Comte de Maillé, représentant le duc de Madrid, Ernest Grainville mon cousin. Ceux de ma future : le lieutenant-colonnel Comte d’Armandy, gendre de Barbe, l’ancien Ministre, et Mr Bonnat, le grand peintre.
Daignez agréer, Cher Monsieur, mes hommages respectueux et dévoués.
Votre dévoué,
Maurice Pascal